E.Leclerc : un pavé dans la mare.

DSC_6177 Un pavé dans la mare. C’est ce que viennent de lancer les filiales d’ E.Leclerc, la Scarmor et Logilec, dans le ronron habituel des échanges professionnels sur l’avenir de nos chaînes d’approvisionnements.
De quoi s’agit-il ? D’un déploiement EPC visant le tracking des palettes expédiées des centres de distribution Scarmor vers les magasins Leclerc Bretons. L’ampleur nominale de ce projet est déjà significative : 2 plateformes, 58 magasins, 20 remorques seront équipés de systèmes RFID d’ici juin de cette année pour un volume de palettes taguées compris entre 300 et 400 000 unités par an.

Metro, en précurseur
Mais disons-le tout net, l’assertion visant à faire de ce projet « le plus gros déploiement RFID » dans le secteur de la distribution en Europe est erronée. Le périmètre fonctionnel du projet Scarmor a, par exemple, été déjà défriché par l’allemand Metro, y compris en France. Depuis 2008 les palettes expédiées depuis les plateformes alimentaires (prestées par DHL) aux magasins Metro Cash&Carry sont taguées, contrôlées et tracées par EPC et EPCIS, donc en temps réel. Le flux de palettes taguées en France y avoisine les 1,5 million annuellement. Mieux, les sites DHL ont remplacé l’année dernière les multiples portiques RFID sur les quais (ici), par un seul portique par site (), permettant le contrôle du chargement lors du passage du camion. Ce processus présente d’ailleurs un ratio coût/efficacité à faire pâlir les adeptes du flashage manuel par code-barres.
Le projet dévoilé cette semaine par la Scarmor a donc un petit air de déjà vu. Et pourtant… cette initiative pourrait bien s’avérer déterminante pour l’essor de la RFID/EPC dans le secteur de la grande consommation. Pourquoi donc alors ? Décryptage.

Une portée stratégique
Ce projet, en gestation depuis plusieurs années, ne tombe pas du ciel. Et malgré les apparences, sa portée est bien d’ordre stratégique pour l’enseigne. Les gains de productivité n’y constituent qu’un objectif intermédiaire, presque périphérique. Ce qui se joue autour du tracking de ces palettes, c’est Michel-Edouard Leclerc qui le révèle : « la gestion du stock en temps réel », comme facteur de croissance ! Ainsi va la vie des enseignes qui se convertissent au multi-canal : il faut y rénover l’organisation, en particulier les opérations qui ont un impact sur la justesse des données de stock. Car, le meilleur site de vente en ligne, la meilleure application mobile ne saurait compenser la déception d’un client à qui l’on vend un produit qu’on ne lui livrera pas, faute de valeurs de stock exactes. Ainsi Philippe Cousyn, président de la Scarmor assure que le tracking palette par RFID fera le succès du… canal mobile ! CQFD.

BE1RZjGCQAAfvGK[1]

Ce n’est pas tout. La technologie RFID/EPC mise en place dans les sites Scarmor et les magasins Leclerc ne représentent que la face immergée d’une table rase technologique plus globale. Les dispositifs développés par l’entreprise Iris-RFID publient leurs données dans un « Cloud ». Lequel «Cloud » supervise de facto l’activité logistique de tous les sites couverts en temps réel. Par le biais des dispositifs RFID, c’est donc bien à une interconnexion des maillons de la supply-chain à laquelle on assiste. Ainsi, lorsque Philippe Cousyn déclare vouloir « voir cette technologie s’étendre tout au long de la supply-chain », on mesure l’étendu de l’ambition qui anime les tenants de ce projets. Car, à quoi peut bien servir une telle mise en réseau ? A refonder la supply-chain, à ré-enclencher la marche en avant en matière d’innovation organisationnelle et entre autres chose : à optimiser les coûts de transport et diminuer l’empreinte carbone des produits de consommation. Rien que ça.
Enfin, pour soutenir leur projet, la Scarmor et Logilec savent l’importance qu’il y a à créer et à entretenir un effet d’entraînement. L’association Breizh RFID Vallée a été crée à cet effet : « collectif d’entreprises conceptrices et utilisatrices de solutions innovantes,(…) il promeut ses solutions et œuvre à les faire adopter (…) pour permettre aux intervenants de la chaîne logistique et de transport bretonne d’être plus efficaces ».

Le Cloud aussi, nécessite des standards
Du côté de GS1, nous saluons l’émergence de cette initiative, qui contribuera assurément à crédibiliser davantage l’Electronic Product Code dans l’univers des PGC et à casser certaines habitudes de pensée, disons-le par trop conservatrices. A peine, oserons-nous ici un bémol : nous ne pensons-pas que l’émergence du « Cloud » puisse affranchir le secteur de la distribution de la préoccupation d’harmoniser les formats de données échangées entre industriels et distributeurs. Le « cloud traçabilité », standardisé au plan international, existe et porte un nom : EPCIS. Qu’en pensent nos amis bretons ?

Galerie | Cet article, publié dans Analyse, débat, Evènement, Témoignage utilisateur, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour E.Leclerc : un pavé dans la mare.

  1. Ping : E.Leclerc : un pavé dans la mare. | Internet du Futur | Scoop.it

  2. Charles dit :

    Si ce sont bien les palettes qui sont taggués, l’apport en gestion unitaire requit pour la visualisation du stock en temps réel n’est pas si évident.

    Les opérations d’agrégat de cartons (pcb… ) pour constituer une palette restent complexes et au code barre. De même pour dé-lotir une palette et retirer un carton par exemple.

    Je ne perçois par forcément l’avantage de la RFID par rapport à un code barre pour la gestion du stock en temps réel pour des palettes !
    La RFID permet surement une automatisation de lecture et d’identification aux quais, dans la remorque. La lecture permet d’effectuer des contrôles (erreurs, …), la traçabilité (quoi, où quand…). Bref des enjeux de qualité et productivité…

    Mais qu’apporte concrètement la RFID par rapport au code barre pour la gestion du stock en temps réel avec du suivi de palettes?

    • Bonjour Charles et merci de créer ainsi le débat dans ces pages.
      Voici ce que je crois être autorisé à te répondre, après en avoir discuté avec l’une des parties prenantes de ce projet.
      Confirmons d’abord qu’il s’agit bien ici de tracking palette par RFID. (E. Leclerc déclenchera également en 2014 du marquage article sur les produits culturels mais c’est autre chose et nous en parlerons en d’autres occasions.)
      Tu as raison, le tracking palette par RFID ne solutionne pas tout. Mais pour l’enseigne, il vient compléter idéalement le dispositif logistique existant et les optimisations déjà réalisées.

      Ainsi, l’enseigne (pour une partie de ses entités logistiques) a déjà produit de gros efforts pour fiabiliser ses préparations de commande magasin en exploitant au mieux l’arsenal « classique » des logisticiens (codes-barres, mécanisation, méthodes, etc.). Elle dispose globalement de compositions palettes fiables et conformes à l’attendu magasin. Dans ces conditions : identifier une palette en réception magasin, c’est réceptionner des quantités de produits. Pas la peine de contrôler (en tout cas, pas au préalable d’une entrée sur stock logique).
      Il lui restait à éviter les dévoyés. S’assurer que les bonnes palettes étaient livrées au bon magasin…et cela, avant que le camion ne reparte. Ce sont les enjeux de traçabilité que tu évoques. Là-dessus nous sommes d’accord, la RFID/EPC est la meilleure solution, parce qu’automatique.
      Mais quid donc de la « gestion du stock temps réel » évoqué par Michel Edouard Leclerc ? Qu’indique cette expression ? Que dorénavant, de par l’élévation de l’intensité concurrentielle, la précision et la disponibilité instantanée des données de stock devient chose primordial et synonyme d’avantage stratégique, surtout dans un contexte multicanal.
      Donc, exceller dans les opérations (amener les bons produits au bon magasin), oui, c’est fondamental ! Mais capter l’information dès l’instant où la palette est déposée sur le quai, ça l’est également.
      Opérationnellement, voici quelques facilités concrètes qui sont désormais permises :
      Ne plus attendre qu’un opérateur soit disponible afin de contrôler et identifier la marchandise …pour la rentrer en stock. Ne plus faire attendre un camion qui aurait un quart d’heure d’avance pour son rendez-vous. Un quart d’heure, ça peut-être des ventes « sauvées ».
      On décharge, on identifie, on entre en stock. C’est automatique, c’est souple pour l’organisation et c’est rapide. Désormais ces 3 opérations sont corrélées. Plus une quatrième : on met en vente sur internet.
      La latence de l’information entre réception et mise à disposition du canal web crée du manque à gagner. A l’inverse, l’accélération du process, la synchronisation des flux physique et informatique est créateur de business… En somme, time is money.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s